mercredi 30 juillet 2008

Belgrade - Serbie

Hier, en début de soirée, nous sommes arrivés à Belgrade. Nous sommes passés sous le pont reconstruit après sa destruction par les forces de l’OTAN. Un nouveau tablier a été posé sur les anciens piliers qui gardent les stigmates des bombardements.

Nous avons remonté la Save, affluent du Danube sur quelques kilomètres avant de nous amarrer dans le quartier des Docks.

Je n’ai pas l’impression d’être dans le même pays que dans les deux premières petites villes Serbes que nous avons croisées. Ici l’accueil des autorités est ouvert, chaleureux, presque amical. Les formalités se sont déroulées en quelques minutes et terminées par un verre sur le pont du bateau. Quel plaisir !

Hier soir, nous sommes restés près du bateau car on nous a déconseillé de sortir en ville. 15.000 manifestants nationalistes Serbes, venus en car de province, ont déferlé sur la ville pour s’opposer à l’extradition de Radovan Karadzic. Les manifestations se sont déroulées au centre et nous sommes donc sagement restés dans le quartier du port.

http://balkans.courriers.info/article10976.html

Depuis notre arrivée ici, j’ai vraiment l’impression de toucher du doigt un morceau de l’histoire contemporaine européenne. Ce qui me paraissait loin de chez nous, à la télévision, est là maintenant, sous nos yeux. La Serbie, très "duelle" dans sa perception de l’Europe, est un pays qui reste fascinant et attachant.

Quelques infos sur le projet European Sound Delta à Belgrade ici : http://blog.sound-delta.eu/spip.php?article237

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Video : Le Beau Danube du Delta à la Serbie

Quelques images du Beau Danube de toutes les couleurs... entre la Roumanie, la Bulgarie et la Serbie :

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Merci !

Je voudrais prendre un petit moment pour remercier tous ceux qui ont rendu le rêve de l’Ange-Gabriel possible.

Veronica, qui a embarqué avec moi sur ce projet un peu fou il y a quelques années déjà. Après une période de réflexion, elle s’est engagée avec l’amour et la passion qui la caractérise.

Alexandre. Le rayon de soleil de ma vie. J’ai vécu des moments d’intense émotion père-fils en le regardant s’émerveiller sur le bateau. Son enthousiasme et sa joie plus que débordante à l’idée de vivre sur un bateau ont définitivement balayés les dernières craintes que j’aurais pu avoir concernant la vie en famille sur l’eau.

Hervé, sans qui le projet n’aurait pas pris la forme qu’il a aujourd’hui. Hervé nous a accompagné depuis plusieurs années sur le montage administratif, juridique et surtout financier du projet. Son apport a été déterminant pour que le projet puisse voir le jour. En plus de son apport sur le plan concret, Hervé nous a également apporté sa foi dans un projet que beaucoup pouvais percevoir comme fantaisiste, peu réalisable voire dangereux. Il a vraiment accompagné et partagé notre rêve, bien avant sa concrétisation. Special Thanks !

Michel et l’ASBL Sauf qui Peut. C’est sur son premier bateau, le « Biesse di nut », que j’ai contracté le virus du bateau et l’envie de vivre sur une péniche. C’est également Michel qui, de par ses contacts, à trouvé notre bateau et nous a mis en relation avec les propriétaires de l’Alchan-D. C’est encore lui qui a coordonné le chantier de transformation du bateau et fédéré autour de lui, avec l’ASBL Sauf qui Peut, les différents corps de métier pour transformer le bateau en logement. Il a mis l’expérience de ses deux premières transformations de bateau au service du projet de l’Ange-Gabriel.

Albert et Chantal, les anciens propriétaires de l’Ange-Gabriel (ex Alchan-D). Nous avons eu beaucoup de chance de tomber sur ce couple de marinier. Ils nous ont vendu un très beau bateau, très bien équipé et entretenu avec amour depuis des années. Même si ça a été un peu dur pour Chantal de se séparer de son lieu de vie et outil de travail depuis 27 ans, ils nous on accompagné avec toute leur expérience et leurs excellents conseils depuis le début des travaux. Encore aujourd’hui, sur le Danube, j’appelle presque tous les jours Albert pour lui poser des questions techniques sur le fonctionnement de telle ou telle partie de la salle des machines. C’est vraiment incroyable comme, même à distance, il connaît encore le moindre recoin, la moindre vanne ou le moindre bouton de son bateau. On a pas l'impression d'être à des centaines de kilomètres de distance entre la Belgique et le Danube, on dirait plutôt qu'Albert se trouve à l'avant du bateau et que nous communiquons par Walkie-Taklie. À chaque fois il nous dit exactement ce que nous devons faire et c’est chaque fois la bonne solution. Et manifestement, il le fait de bon cœur, avec le souci que le bateau fonctionne au mieux. C’est génial !

Guy. C’est grâce à Guy que nous avons les beaux espaces tels qu’ils sont aujourd’hui aménagés dans le bateau. Guy a dessiné les plans d’aménagement. Malheureusement, pour des questions de temps, de budget et de manière de travailler différente, nous n’avons pas pu les réaliser tels qu’ils étaient dessinés. Néanmoins, c’est sur base des plans que la disposition générale du bateau a été réalisée et même si pour Guy, ce doit être assez décevant de voir les écarts entre ce qu’il avait imaginé et ce qui a été finalement réalisé, sans ses précieux desseins, l’Ange-Gabriel n’aurait pas son bel aspect d’aujourd’hui. Mille merci pour la belle créativité et les jours d’intense production !

Pierre-Yves. Plus qu’un notaire, son enthousiasme pour notre projet, le temps qu’il a passé à débroussailler le terrain juridique, sa créativité pour trouver des solutions légales adaptées à notre réalité, ses précieux conseils et son support matériel et amical nous ont permis de nous lancer dans l’aventure l’esprit clair et serein. Cadeau sans prix…

Mes collègues, associés et partenaires de chez A HERMES, NOW.be et ALVOS Films qui m’ont accompagné par leurs encouragements et leur support au bureau pendant les périodes chaudes du projet. Un merci particulier à Ngalula, Hervé, David et Gauthier qui m'ont encourager à oser prendre 9 semaines de congé, me permettant d’accompagner mon bateau en navigation sur la Danube le cœur léger…

Toute l’équipe de Michel, qui a réussi un exploit en transformant le bateau de commerce en bateau de croisière en si peu de temps, avec beaucoup de professionnalisme, d’engagement et d’esprit positif, malgré les galères rencontrées : Olivier, Ben, les deux Julien, Marie-Lou, Philippe, Freddy…

Bruno, mon cousin, qui aménage un superbe Luxmotor à Anderlecht et avec qui j’ai pu partagé et apprendre plein de petites choses très utiles… Le plaisir de partager une passion commune avec son cousin. Très sympa ;-)

Les organisateurs et les participants aux soirées fluviales à l’initiative de Jêrome.

Christian Laurent, du chantier Meuse et Sambre pour ses précieux conseils. Même si je n’ai finalement pas travaillé avec un chantier naval pour la réalisation du bateau, sa disponibilité et son ouverture m’ont permis d’éclaircir plusieurs point important afin de faire des choix en toute connaissance de cause.

Les sites Aquaforum, Habitat-Fluvial, Bord à Bord sur lesquels j’ai glané, depuis des années, un paquet d’informations, parfois contradictoires entre elles, mais qui avaient le mérite de faire avancer la réflexion et surtout, de susciter de nouvelles questions. Par contre, je me rends compte, avec le recul, que toutes les réponses à ces questions ont été trouvées auprès de personnes dans la « vraie vie » et finalement assez rarement en ligne…

Ceux qui sont venu donner un coup de main sur les travaux : Jacques, Diego, Brigitte, Sean…

Pierre pour ses conseils et son éclairage pour la partie son et audiovisuelle embarquée.

Les administrations publiques belges : sur les forums, la partie administrative avait l’air d’être la partie la plus pénible du projet. Dans mon cas, il n’en a rien été. À chaque étape du parcours administratif, je suis tombé sur des personnes compétentes, aimables, rapides, orientées « usagers » et « solutions ». Toutes les formalités se sont déroulées du premier coup, sans allers-retours et dans des délais beaucoup plus court que ce que j’avais imaginé. Je ne pourrais pas remercier individuellement chaque fonctionnaire rencontré, mais merci aux agents du service public fédéral mobilité et transport à Bruxelles, Anvers et Ostende, aux agents de la région wallonne, aux éclusiers, à la police fluviale, aux maîtres jaugeurs, à la conservation des hypothèques maritimes et fluviales à Anvers…

Le port de plaisance de Peruwelz, qui nous a accueilli très gentiment pendant une grande partie des travaux d’aménagement du bateau en Belgique. Nous avons fait du bruit, des crasses… Mais tout le monde a été très sympa avec nous.

Les amis qui m’ont nourrit par leur enthousiasme communicatif sur ce projet : Mon papa, Thibault, Jacques, Dominic, Brigitte, Patrick, David, Ngalula, Ann, Sabine, Olivier, Cathy, les familles Libbrecht-Scheid et Van Dieren, Greta, Ten Wolfs, Aurélie, Alex, Sophie, Eliane, Jean-Luc, Thierry, Florence, Coralie, Philippe et Pascale, Denis, Fred, Gaël, Titane et Peppino, qui m'a amené un jour voir la péniche de Michel…

Dominique, Léon, Pascale, Martine, Sabine, Olivier et Gauthier avec qui je partage un parcours de développement personnel depuis deux ans et qui accompagnent également la concrétisation du rêve à chacune de nos riches rencontres.

Les pénichards qui nous ont gentiment accueillis sur leur bateau à l’époque où nous étions encore des gens d’à terre pour nous partager leurs expériences de l’habitat fluvial : Laurent et Hélène du Story-Boat, Patrick et Françoise de la Favorise, Martine et Bernard Buisseret du MS Elisabeth

Dominique Poumay, mon assureur pour le bateau, compétent, réactif et sympa. Il a passé beaucoup de temps sur le dossier d’assurance du bateau pour l’expédition Danube. À recommander ;-)

Gérard Bachy et Pierre Verberght pour leurs conseils sur la navigation sur le Rhin et le Danube.

Les membres du Collectif MU, assez fou pour louer un bateau dont le gros œuvre n’était pas encore achevé quelques semaines avant la date de location et assez cool, ouvert et sympa pour nous faire confiance et accepter les choses telles qu’elles se sont présentées. Merci en particulier à Eve pour ses talents d’organisatrice, de communication constructive et de médiatrice à ses heures ;-)

Diego, qui m’a accompagné plusieurs semaines sur le Danube et avec qui nous avons surmonté toutes les galères d’un bateau non-fini avec à son bord les 10 premiers passager de sa nouvelle vie de bateau de plaisance. Nous avons, grâce à notre complémentarité, vraiment appris à connaître le bateau dans ses recoins et à commencer à bien le prendre en main. Merci à lui pour sa force de travail et son esprit toujours positif !

Et à vous qui, plus de 150 par jour, venez lire ce blog… Merci pour vos commentaires d’encouragements, ils font vraiment vraiment plaisir et me donne à chaque fois un peu plus d’énergie pour poursuivre l’aventure plus loin !

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Diaporama de photos du Danube

Un diaporama de photos du Danube et du projet European Sound Delta entre la Roumanie et la Serbie

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mardi 29 juillet 2008

En route pour Belgrade

6h40. Voilà déjà un début de journée bien remplie. Ce matin, formalité de sortie à la police Serbe, ensuite paiement et permis de naviguer vers Belgrade à la Capitainerie du Port. Retour au bateau. Chauffe des moteurs et départ. Ensuite, petit tour dans la salle des machines pour remettre l’huile à niveau dans le générateur 220 volts et ensuite vidanger le trop plein d’eau sous le moteur.

Ce matin, notre ami Yugo, de bonne hurleur (oups, pardon, de bonne humeur), me propose de me laisser faire, sous son œil, les manœuvres de sortie du port. Génial ! A six heures, le soleil caresse les eaux rosées du matin sur un Fleuve d’huile. Toujours accompagné du doux ronron de son puissant moteur, en quelques coups de barres, d’embrayage et de gaz, le bateau se décolle tout doucement de la berge en prend lentement son envol vers le chenal pour filer presque silencieusement sur le lit du Fleuve en glissant le long des berges de la ville encore en pyjama. Nous croisons une barque de pêcheurs déjà au travail. Une fois passés sur notre côté, ils disparaissent, dévorés sous les feux du soleil levant qui embrasent notre sillage.

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Bienvenue en Serbie

Depuis notre arrivée, hier, en Serbie, j’ai passé plus de temps dans les commissariats, douanes, capitaineries, bureaux d’agents et autres temples de l’administration qu’à visiter le pays ou profiter des charmes locaux…

Avant-hier soir, « revizion » complète à Donji Milanova, début des festivités à 18h00 et clôture à minuit lorsque les derniers agents, très pointilleux, mais assez aimables, quittent le pont. Extinction des feux à 0h30.

Dans la courte nuit, réveil à 3h30 sous les coups sourds de la coque contre le ponton. À chaque butée, à intervalles réguliers, le bateau résonne comme une vielle cloche de cathédrale mal accordée. En caleçon sur le pont, nous croisons Christophe, hirsute, réveillé par les mêmes sonorités nocturnes. À trois, nous resserrons les amarres du bateau et plaçons un pneu et un pare battage entre la bordaille et le ponton.

Retour au lit pour une dernière heure de sommeil. Levé à quatre heures trente et départ à cinq heures trente.

Le lendemain, le festival itinérant des Administrations Serbes se poursuit à Veliko Gradiste. Le concert démarre cette fois à 13h00 pour une clôture à 20h00. Dans la foulée, nous en avons profité pour faire le plein de fuel. Le port ne possédant pas d’infrastructure pour tanker les bateaux, c’est un camion qui vient nous livrer. Il est accompagné d’un camion de pompier, de notre agent, du capitaine du port, de la police et d’un inspecteur du ministère de l’environnement. Remplissage de 900 litres dans chacune des cuves babord et tribord. Petit débordement sur les plats-bords lors du deuxième remplissage. Réaction rapide pour contenir le liquide qui se répand. Pas une goutte dans le Danube. Ouf ! L’inspecteur nous remet son rapport et tout est en ordre. Nous pouvons payer les 225.000 dinars retirés en billets de 1000 en 9 retraits au Bancomat. Belle liasse !

Notre agent, charmante jeune femme serbe, nous a accompagné toute la journée pour surmonter les embûches de l’administration. Elle a fait un boulot formidable pour nous accélérer, tant que faire se peut, la traversée des méandres bureaucratiques locaux. Les points d’achoppement qu’elle a dû régler ont été, entre autres, le carnet ATA du matériel embarqué (une sorte de passeport pour le matériel) qui était apparemment incomplet, certains passeports des passagers « abîmés », des documents administratifs mal remplit par les douaniers de Donji Milanova et l’organisation, un peu épique, de la livraison du fuel dans le port. Beau travail !

Contrairement à la Roumanie et à la Bulgarie, j’ai senti en Serbie une certaine froideur, voire de l’hostilité chez certains agents publics. J’ai l’impression que nous sommes tolérés sur le territoire, sans plus. À l’arrivée à la police de Veliko Gradiste, pas un croisement de regard, pas un sourire, un couloir post-soviétique en guise de salle d’attente, pas de chaise pour s’asseoir, un guichet fermé derrière lequel sont assis plusieurs agents qui regardent les variétés style « Eurovision » à la télévision, sans détourner la tête. Attentes de plusieurs dizaines de minutes sans aucune explication. Pendant ce temps, les passagers et le reste de l’équipage sont confinés à bord.

Après plusieurs heures, une fois les formalités d’entrée en Serbie terminées, les passagers peuvent se rendre à la police dès la sortie du bateau avant de se rendre en ville. Ils doivent expliquer l’objet de leur sortie (restaurant, courses…) afin de recevoir leur passeport pour une durée déterminée (par exemple 4 heures). Une fois la sortie finie, nous retournons au commissariat rendre notre passeport et retournons au bateau. Ça procure une subtile, mais bien réelle, sensation de privation de liberté…

J’ai l’impression qu’au premier faux-pas de notre part, on est parti pour démarrer « Midnight Express »… Bon j’exagère, mais l’ambiance au commissariat est aussi glacée qu’une porte métallique gelée… Après des heures de tracasseries administratives dans un environnement hostile et dans une langue étrangère, je sens la tension nerveuse accumulée…

Je pense qu’une partie des Serbes n’oublie pas que ce sont, entre autres, 12 de nos avions belges qui, il y a moins de 10 ans, ont effectué des centaines de sorties de combat en soutien aux bombardement « humanitaires » de l’OTAN sur les positions Serbes. Plus récemment encore, début 2008, le concert des pays européens reconnaissait l’indépendance du Kosovo, au grand dam de la Serbie. Geste ressenti comme de l’ingérence et une gifle humiliante adressée aux Serbes, alliés historiques de l’occident chrétien contre les occupations Turques puis Nazies…

Signe visible de la tension dans la région, nous avons croisé un convoi de l’armée belge, sous l’égide de la KAFOR, qui traversait le Danube à Calafat en Bulgarie pour se rendre en mission de maintien de la paix au Kosovo. Sans doute que le célèbre « Droit d’ingérence » de Kouchner est ressenti différemment à Paris et à Bruxelles qu’à Belgrade…

De là à dire qu’ils nous le rendent bien, je ne sais pas...

Plus d’infos :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Allied_Force

http://www.b-i-infos.com/articles/Lewis_Mac_Kenzie_Nous%20nous%20sommes%20tromp%E9s%20de%20bombardement.pdf

http://www.herodote.net/histoire/evenement.php?jour=19920406

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Les Portes de Fer

Voici quelques images des célèbres Portes de Fer.

C’est effectivement assez impressionnant. La Majesté des lieux s’impose à notre frêle esquif qui semble demander la permission de franchir l’étroit passage entre les deux verdoyants et riches massifs montagneux des Carpates et des Balkans.

Une colossale tête de géant, taillée à flanc de montagne, semble surveiller la gorge de son regard profond et ténébreux.

Plus loin, un petit édifice religieux, une sorte de chapelle orthodoxe, diffuse des chants de prières. Quelques officiants debout sur une terrasse surplombant le Danube, habillés de longues soutanes noires, nous font signe lorsque nous passons à leur hauteur.

Le tableau qu’offre ces paysages d’un autre temps me rappelle les contrées du Seigneur des Anneaux. C’est un mélange des habitants des terres du Rohan qui se seraient installés dans les Gorges des anciens rois de l'Argonath.

"Frodon, les yeux fixés devant lui, vit s'avancer au loin deux grands rochers : on eût dit de grands pinacles ou de grandes colonnes de pierre. Hauts, verticaux et menaçants, ils se dressaient de part et d'autre du fleuve. Une trouée étroite apparaissait entre eux, et le courant emportait les bateaux vers celle-ci.
- Voyez l'Argonath, les Piliers des Rois ! s'écria Aragorn. Nous n'allons pas tarder à les passer. Maintenez les barques en files et aussi espacées que possible ! Tenez le milieu du lit !
A mesure que Frodon était emporté vers eux, les grands piliers s'élevèrent comme des tours à sa rencontre. Ils lui parurent de grandes et vastes formes, menaçantes dans leur mutisme. Puis il vit qu'elles étaient, en fait, taillées et façonnées : l'art et le pouvoir de jadis s'y étaient appliqués, et elles conservaient encore, en dépit des soleils et des pluies d'années oubliées, les puissantes images qui leur avaient été données. Sur de grands socles fondés dans les profondeurs des eaux se dressaient deux grands rois de pierre : hiératiques, ils contemplaient sévèrement le nord de leurs yeux voilés, sous des sourcils crevassés. Leur main gauche était levée, paume en dehors, en un geste d'avertissement ; la main droite tenait une hache ; sur leur tête étaient un heaume et une couronne effrités. Gardiens silencieux d'un royaume depuis longtemps disparu, ils étaient encore empreints d'une grande puissance et d'une impressionnante majesté. Une crainte respectueuse envahit Frodon : il se fit tout petit et ferma les yeux, n'osant lever le regard tandis que les bateaux approchaient. Même Boromir baissa la tête comme les embarcations passaient à vive allure, frêles et fugitives comme de petites feuilles, sous l'ombre permanente des sentinelles de Númenor. Ainsi passèrent-ils la sombre trouée des Portes."


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dimanche 27 juillet 2008

[Presse] Deux bateaux pour écouter l’Europe

Un artice de d'Adrienne Nizet, dans Le Soir du Samedi 26 juillet 2008 :

Création sonore Sur le Rhin et le Danube

Un projet radiophonique de près de trois mois a débuté samedi dernier. Et fait une halte à Bruxelles ce week-end.

Amarré pour quelques jours près de Bruxelles-les-Bains, le Gavroche est une péniche de 30 m de long. Un beau bateau, solidement équipé. Pendant trois mois, le bâtiment va transporter différents artistes et… un studio son.

De l’autre côté de l’Europe, à Tulcea, en Roumanie, un autre bateau, l’Ange-Gabriel, a pris le départ début juillet avec à son bord d’autres artistes mais un objectif similaire : rallier Strasbourg fin septembre, via respectivement le Rhin et le Danube, les coques pleines de nouvelles créations sonores. D’ici là, leurs parcours seront jalonnés d’étapes dans différentes villes, où auront lieu de nombreux concerts, performances, installations, etc.

Pour le Gavroche, le premier évènement a eu lieu samedi dernier, au City Sonics de Mons. « Nous avons ensuite pris deux jours pour rejoindre Bruxelles, raconte Nicolas Horber, coordinateur du projet sur ce bateau. Ça fait partie du projet, la volonté de traverser l’Europe à un rythme particulier. Et une telle configuration permet la promiscuité. »

En effet, à bord, les artistes et ceux qui les accompagnent dorment sur des couchettes dans une seule pièce, cuisinent tous ensemble, mangent dans ce qui devient ensuite le studio son. Et parlent anglais ? « Ça se met en route, continue Nicolas. On a parlé français, tant qu’il n’y avait que des francophones. Maintenant, on se met à l’anglais, à l’allemand parfois. »

Les artistes résidents ont été sélectionnés suite à un appel à participation. Ils seront quatre à six sur chaque bateau, pour des périodes de trois à quatre semaines. En ce moment, Sillyconductor, Aymeric De Tapol, Joachim Montessuis, Maria Balabas (Roumanie) et François Martig (France) vivent sur le Gavroche.

Curieux avec les oreilles

Le nom du projet, European Sound Delta, et même son « sous-titre », « Radio and media art mobile project » attisent la curiosité. Voire l’incompréhension.

Pour résumer, disons que les artistes résidents vont, tout au long du parcours, collecter des sons, « l’identité sonore des villes ». Les éléments seront captés, enregistrés puis archivés en vue d’un travail de création. Qui sera fait entre les escales. Lors de celles-ci, des concerts en réseau seront organisés, des live session entre les deux bateaux, ou encore des soirées « placard », des concerts au casque, qui permettent de créer un climat intimiste pour l’auditeur. Par ailleurs, des parcours sonores seront organisés dans différentes villes. Les auditeurs pourront, armés d’une carte géographique, les découvrir avec d’autres oreilles.

Si les vôtres ont envie d’être chatouillées, de découvrir l’univers pointu et original de l’European Sound Delta, elles peuvent, en attendant la soirée de ce samedi (voir ci-dessous) se balader sur le site du projet et celui de l’ACSR, un de ses partenaires belges. Un bon son vaut mieux qu’un long discours.

www.sound-delta.eu

www.silenceradio.org

Des créations sonores, à écouter et à danser

Après avoir « habillé avec des sons » un repas, mercredi à la Compilothèque, l’European Sound Delta sera samedi, en collaboration avec ses partenaires belges, dès 15 h, à l’Imal, le centre des cultures et des technologies digitales.

Durant l’après-midi, de nombreux artistes diffuseront leurs productions radiophoniques et dès 20 h, il sera possible d’assister – et c’est gratuit – à des performances live.

Diogène, Ice Age, Sébastien Dicenaire, Damien Magnette, Catherine Vertige seront de la partie pour ce rendez-vous, qu’on nous annonce dansant en seconde partie…

www.acsr.be

www.imal.org

www.radiopanic.org

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La péniche Gavroche sur le Rhin

Le bateau Gavroche, qui remonte le Rhin de la mer du Nord jusqu'à Strasbourg à lancé son blog : http://penichegavroche.blogs-de-voyage.fr/

Les deux bateaux se retrouveront à Strasbourg pour fêter en beauté l'accomplissement de ce magnifique European Sound Delta !

D'ici-là, bonne navigation à toute l'équipe du Rhin, à Philippe et à l'équipage du Gavroche !

PS : c'est rigolo, les rythmes de vie, nocturne pour les artistes et diurne pour l'équipage, sont apparemment les mêmes sur les deux bateaux, sauf que sur le Danube, l'équipe de MU travaille plutôt l'après-midi alors que la nuit est plutôt réservée à la détente et à la fête ;-)

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jeudi 24 juillet 2008

Ne vous baignez pas dans le Danube !

Un petite info trouvée sur le net :

Selon des informations données par la chaîne de télévision RTL Klub, la pollution de l'eau du Danube à Budapest a dépassé les limites de salubrité. Il a été démontré que l'eau avait été infectée par des bactéries e-coli, Escherichia coli, dans des quantités supérieures à la norme sanitaire. L'eau analysée contient des traces de selles et ceux qui se baigneraient dans cette partie du Danube (et en aval vers le Delta) risqueraient d'attraper une maladie contagieuse. La police a redoublé ses contrôles sur le fleuve et inflige une amende à qui se baignerait illégalement. Cette année d'ailleurs, cinq personnes se sont déjà noyées dans le Danube et la police est plus que jamais attentive. M.K. (www.lepetitjournal.com - Budapest) mercredi 23 juillet 2008

Beurk... Lazlo avait raison. Il nous avait déconseillé de nous baigner après l'Allemagne... C'est noté ;-)

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Au revoir la Bulgarie...

Nous avons quitté le territoire Bulgare avec des engueulades mémorables entre le pilote et le bureau des agents au sujet du paiement. J’en ai enregistré un court extrait de 23 minutes dont voici, en MP3, un extrait de l'extrait :-)

Nous voilà donc à nouveau à bord du bateau, en territoire belge. Nous nous dirigeons vers Calafat en Roumanie avant d’entrer en Serbie.

Je garde un magnifique souvenir de la Bulgarie. Hier soir, pour fêter notre départ, nous sommes allés manger entre équipage (histoire de resserrer les liens), Diego, Yugo et moi, dans un petit restaurant du port. Un chanteur local animait la soirée avec des chansons « à la carte » sur demande des clients, en Bulgare, en Russe, en Serbe… Le chanteur avait un physique particulier. Taillé comme Jêrome dans Bob et Bobette, les épaules trois fois plus large que son bassin, il nous a expliqué qu’il avait été boxeur avant d’être chanteur. Jolie voix et beaucoup de passion dans sa façon de chanter… Un bon moment d ‘émotion et de détente avant de reprendre la navigation ce matin…

J’ai été surpris par la qualité d’accueil des Bulgares, leur gentillesse. Les villes sont propres, les hommes sont beaux, les femmes gracieuses et élégantes, tous bien habillés, très soignés, les jeunes comme les personnes plus âgées. Ils prennent soin d’eux et à côté d’eux, nous sommes clairement plus débraillés et moins propres.

C’est intéressant car la notion de propreté est à géométrie variable selon les régions. Pour nous, il n’est pas propre de jeter des détritus dans le Danube. En revanche, pour notre pilote, c’est franchement répugnant de se promener plusieurs jours avec des poubelles à bord. Et il répète en montrant les poubelles, l'air dégoûté : « Haaaa, Das Europa ! ». Le premier jour, en passant près des sacs de poubelles, dont nous n’avions pu nous débarrasser faute de container sur les berges, il les a empoignées et, sans hésitation ni tri sélectif, il les a balancé par dessus bord en grommelant « We zijn niet Barbares ! ». Il est aussi choqué par les blagues de pets et autres grivoiseries gauloises ;-) « Haaaa, Das Europa ! »

Toujours dans le rayon propreté, nous avons fait, Diego et moi, les fées du logis dans notre carré. Maintenant tout est beau et tout propre. On y vivrait ;-)

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mercredi 23 juillet 2008

Je suis fatigué...

Mercredi 23 juillet. Ce matin, avec le manque de sommeil accumulé et la fatigue nerveuse, c’est la première fois depuis le début du voyage que je commence à avoir envie de rentrer en Belgique.

En premier, le sommeil. Je suis loin de mon cota de mes 9 heures de sommeil habituel. En navigation, levé à 5 ou 6 heures. Couché quand le groupe électrogène s’arrête vers 23h00 hier, à 2h30 du matin avant hier, quand épuisé de ne pas m’endormir, je me suis levé et suis descendu dans la salle des machines pour l’éteindre moi même…

En second, la fatigue nerveuse. Le fait de faire ce voyage avec un bateau qui n’était pas prêt au niveau des commodités pour les passagers et avec un équipage composé de Diego et moi, totalement novices dans la navigation et dans la mécanique et de Yugo, très expérimenté, mais dans l’impossibilité de descendre dans la salle des machines, avec de surcroît un vrai caractère de… C’est vraiment épuisant… Il n’y a pas encore eu un jour sans incident, sans coups de gueule du pilote. Dès que l’incident apparaît, ce sont des cris, voire des hurlements… Et même entre les incidents, il râle sur tout du matin au soir… Nous n’avons donc aucun moment de répits. Nous volons, chacun à notre tour, quelques dizaines de minutes de sieste en cachette du pilote pendant que l’autre tient le quart de guet… Même si j’imaginais bien que l’aventure allait être un peu sportive, c’est en tout cas très loin d’être des vacances ou du repos…

Depuis ce matin, le moteur chauffe par intermittence. Apparemment le circuit de refroidissement est obstrué. J’ai déjà nettoyé le filtre et désencrassé le circuit d’évacuation de l’eau plusieurs fois afin d'avoir un beau jet d'eau de de refroidissement bien puissant (comme sur la photo). Depuis, cela semble fonctionner. La température est redescendue de 100° à 60°. Diego est à l’arrière, près du pilote. Moi, je suis dans la grande salle, au milieu des artistes casqué qui produisent studieusement leurs œuvres sonores. J’ai mon walkie-talkie posé sur moi et j’attends le prochain appel pour retourner dans la salle des machines et ensuite aller vérifier, sous les aboiements, la température aux cadrans dans la timonerie.

Je commence donc à être impatient de retrouver mon bateau seul. Et d’être à bord uniquement avec des personnes cool, dont je ne dois pas m’occuper et qui savent s’exprimer sans devoir pousser de la voix… Mais bon, je continue, à travers les nuages, à percevoir la magie du voyage et à profiter de ces fabuleux moments avec les très belles personnes qui sont à bord. A ce niveau-là, nous avons une chance formidable d’être tombé sur un groupe composé de personnes aussi sympas, drôles, talentueuses, respectueuses et gentilles… Ça aide à tenir et ça motive à continuer le cœur plus léger…

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Le chant de l’Ange-Gabriel

22 juillet. Nous venons reprendre la navigation après une semaine de pause à Rousse. À bord, plusieurs nouveaux passagers, dont Tô, un artiste sonore. Il enregistre des « sons » sous l’eau qu’il va ensuite utiliser comme matériel de travail.

Ce vendredi, il a proposé une performance sonore sur le ponton du bateau. Il diffusait des sons captés dans l’eau. Eau dans laquelle était diffusée d’autres sons enregistrés dans d’autres endroits du Danube quelques jours avant. C’est évidemment très abstrait. Pendant la performance, Yugo, notre pilote, assis sur le ponton, m’a fait un clin d’œil en me disant « Scheune Musik ». C’était du second degré ? C’était en tout cas la rencontre de deux mondes ;-)

Dès le départ du bateau ce matin, Tô s’est mis au travail. Il a bricolé une sorte de « canne à pêche » à laquelle il suspend des câbles de cuivre, lesté par des boulons, qu’il laisse filer dans l’eau par un hublot. Un capteur stéréophonique enregistre le son produit par les vibrations de l’eau sur les câbles de cuivre. Il vient de me faire écouter quelques secondes des premiers enregistrements. De belles harmoniques mystérieuses et envoûtantes. C’est un mélange du chant des sirènes du Danube et du chant de l’Ange-Gabriel. Fascinant !


Je suis tout aussi fasciné par les sons que par l’artiste. Tô est très doux, très gentil, très grand. Il fait des choses tellement « bizarre » - pêcher des sons sur une péniche en navigation – avec un tel sérieux et un tel engagement. Il est en même temps plein de curiosité envers le bateau et d’humilité dans sa manière de travailler. Il a également la tête bien sur les épaules et apporte beaucoup de bon sens et d’expérience aux autres membres de l’équipe (dont certains sont un peu plus rêveurs) dans les discussions à bord au sujet de ce qui est possible, permis ou pas, dans la région. Je ne sais pas si le terme est adéquat, mais je le trouve très professionnel. Il m’inspire beaucoup de respect et l’envie de plonger, avec lui, dans cet univers de féerie aquatique et sonore.

Un extrait sonore : (en ligne dès que j’ai une connexion haut débit ;-))

Le site internet de Thomas : http://www.fissur.com

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Le Danube côté Bulgare

Mardi 22 juillet. Nous avons quitté ce matin vers 6h00 la charmante petite ville estudiantine de Svistov pour rejoindre, en deux jours et demi, la ville de Vidine, toujours du côté Bulgare du Fleuve, histoire d’éviter un nouveau passage de douane. Nous ne ferons sans doute pas de halte à terre durant cette navigation. Nous ferons donc deux nuits à l’ancre, au milieu du fleuve. Il nous reste 6.000 des 10.000 litres d’eau à bord. A une moyenne de 100 litres d’eau par personne et par jour, nous allons suivre attentivement le niveau des cuves. Pour l’avoir vécu, une panne d’eau sous la canicule avec 12 personnes à bord, c’est pas rigolo. Plus de WC, plus de douche, plus de vaisselle… On a retenu la leçon et on va éviter ça ;-)

Le niveau du Fleuve continue de baisser. À chaque contrôle, je signe un document qui certifie que j’ai pris connaissance du niveau actuel des eaux. Je ne comprends rien aux chiffres qu’on me communique, mais manifestement, c’est clair pour Yugo quand je les lui retransmets à mon retour à bord.

Ce matin, un vent violent c’est levé. Diego et moi avons rebâché les matériaux posés sur les écoutilles. Tendre les bâches, trouver de quoi les attacher solidement, le tout sans gêner la vue du pilote, ni tomber à l’eau. C’est du sport.

Juste après, Yugo me rappelle dans la timonerie en m’indiquant le cadran de température du moteur qui monte au-dessus des 80° au lieu des 60 habituels. Il me demande d’aller voir dans la salle des machines ce qui se passe. Je descends en me demandant bien ce que je vais pouvoir faire, et même où commencer à regarder. Tout à coup, je me souviens du problème que nous avions eu cet hiver le premier jour où nous avons piloté le bateau avec Michel. Le filtre du système de refroidissement était sale. Je sors de la salle des machines pour vérifier la qualité du jet d’eau qui sort sur le côté du bateau. Effectivement, le jet est intermittent est de faible puissance. Ni une, ni deux, je redescends et à genoux devant le filtre, je le démonte. L’eau jaillit, le filtre en métal est cassé. Je l’extrais. J’en place un nouveau, referme la cuve du filtre à la clef anglaise. Je sors et vérifie l’eau qui jaillit à nouveau à grand jet continu de la bordaille. Magnifique. Je retourne dans la timonerie et Yugo confirme que la température redescend. Yes ! J’adore ces grands moments où l’on sent que l’on commence à « comprendre» le bateau, à le connaître de l’intérieur. Nous gagnons petit à petit en autonomie…

Pendant ce temps, la vie à bord suit son cours. C’est toujours un petit miracle pour moi de voir ce bateau avancer lentement sur le Fleuve. Dehors, le vent et la pluie d’orage de ce matin se sont dissipés. A l’intérieur, Yugo est à la barre, nous avons fini de manger, deux personnes travaillent sur leurs ordinateurs dans la grande salle, quelques personnes se reposent et discutent sur le pont, un passager est encore au lit depuis hier soir, d’autres sont retournés faire une sieste, Vincent contemple le paysage qui défile lentement à travers un sabord avant de retourner à ses montages vidéos sur Final Cut. Et tout ce petit monde est emmené par l’infatigable Ange-Gabriel qui depuis Peruwelz, nous berce du régulier ronronnement de son moteur.

Nous avons adapté le document de vie à bord en tirant parti des expériences, parfois dramatiques, que nous avons vécues depuis le début du voyage.

Voici la copie que nous avons partagée avec les nouveaux arrivants et qui est affichée à l’entrée du bateau.

Ce document évoluera encore au fil du temps et au fil de l’eau…

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mardi 22 juillet 2008

Un bateau qui a du cachet !

Vu l’usage intensif du cachet du bateau, et sur les conseils de Yugo, nous en avons fait refaire un à Rousse (Bulgarie). Il contient les mentions « légales » utiles pour les administrations tout le long du Danube : la devise du bateau, une ancre, les initiales des propriétaires et le port d’attache.

J’étais trop fier ce matin à la douane et aux autorités portuaires en tamponnant tous les documents officiels. Trop la classe !

Il est pas beau le nouveau cachet ? ;-)

lundi 21 juillet 2008

European Sound Delta à Bruxelles

Pour mes amis belges qui veulent gouter un peu l’ambiance du projet European Sound Delta, le second bateau qui remonte le Rhin (le Gavroche) sera à Bruxelles cette semaine, du 21 au 27 juillet avant de repartir pour Antwerpen.

Le collectif MU organise des évènements ouverts au public ici : http://arts-numeriques.net/spip.php?article536

Vous me direz comment c’était ? ;-)

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samedi 19 juillet 2008

Rencontre avec des travailleurs du Fleuve

Nous avons fait une rencontre vraiment exceptionnelle. Diego, Christophe et moi avons sympathisé avec l’équipage du bateau serbe auquel nous étions amarré cette semaine.

Depuis notre arrivée, ils n’ont cessé de nous rendre service. Les mecanos ont aidé Diego pour réparer la pompe à eau, ils nous ont ravitaillé en eau deux fois, 4 tonnes à notre arrivée et 4 tonnes à notre départ, connecté à l’électricité, aidé pour différents problèmes mécaniques dans la salle des machines… Et tout cela gratuitement…

Au début, certains passagers étaient méfiants à leur égard. Ils étaient inquiets de les voir passer sur notre pont ou descendre à l’intérieur du bateau. Nous nous demandions ce qu’ils voulaient. En fait ils n’attendaient rien de particulier. Mais dans notre société, nous n’avons plus l’habitude de l’entraide gratuite. Et sur le Fleuve, nous ressentons vraiment fort cet esprit de « communauté fluviale » avec les habitants et les travailleurs de l’eau…

Ils nous ont emmené dans la gargotte des mariniers de Rousse. Une vague cabane dans laquelle se trouve un improbable snack uniquement connu des mariniers du Danube. Ambiance comme on peut l’imaginer en écoutant la chanson « Dans le Port d’Amsterdam » de Jacques Brel, sauf qu’ici, nous ne sommes pas des touristes ou des ethnologues, nous sommes des marins, des membres d’équipage, un matelot, un capitaine et un cuistot. Je n’aurais jamais cru vivre ça un jour. Capitaine belge, matelot belgo-argentin, pilote serbe, cuistot français, en Bulgarie, à table avec un équipage serbe, discutant en allemand, sans distance, au premier degré, de navigation, de la vie sur l’eau, de la vie à bord, du métier… Nous sommes à égalité avec ces hommes qui vivent le fleuve depuis quarante ans pour certains. Ils nous voient, bien sûr, comme des petits nouveaux. Mais en même temps, nous ressentons le respect qu’ils portent à notre projet, à notre bateau, à notre travail.

Toni, le machiniste, nous a fait une visite guidée détaillée de l’énorme salle des machines du pousseur. Lors d’une manœuvre pour échanger nos places sur le ponton, Nikola, le capitaine, m’a invité à assister à la manœuvre depuis son poste de pilotage en haut du bateau.



Hier soir, nous avons passé un moment dans le carré de l’équipage autour d’une bière et d’un coca pour nous dire au revoir avant leur départ de ce matin vers Belgrade. Ils sont actuellement en route, en poussant devant eux 7 barges sur une longueur de 200 mètres. Plus de 5 fois la longueur de notre Freycinet, surnommée affectueusement « un canot » ou « une barque » par les Serbes ;-)

Une belle aventure humaine, que seul ce voyage un peu fou aura permise.

Un petit complément à ce post déjà rédigé, mais pas encore posté :

Il est 22h00, Yugo, sur la terrasse, vient nous prévenir que le « Velebit » passe actuellement à notre hauteur au milieu du fleuve. Il nous propose de l’appeler sur le canal 16 du mariphone, le canal inter-bateaux. C’est mon premier appel « en live » sur mariphone. Nikola, le captaine, nous répond. Nous lui souhaitons bon voyage. Il nous répond et nous nous disons au revoir en nous promettant de nous revoir à Belgrade. Ensuite, le bateau allume un énorme projecteur qu’il pointe vers nous et lance sa corne de brume qui déchire le silence douillet de la nuit tombante sur le Fleuve. A notre tour, nous répondons par 3 coups de cornes de brume. Magnifique !!! Là, nous nous sentons vraiment accepté sur le Fleuve… J’aurais voulu filmer ou enregistrer ce moment émouvant de communion fluviale… Ce sera juste un beau souvenir pour Diego et moi :-)

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vendredi 18 juillet 2008

[Presse] European Sound Delta, la croisière sonore s’amuse

Un article de presse de Annick Rivoire sur le site Poptronics : "European Sound Delta, la croisière sonore s’amuse"

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jeudi 17 juillet 2008

Photos du Danube en slideshow

Cliquez ici pour visionner quelques photos de paysages du Danube en slideshow

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European Sound Delta sur MySpace

Retrouver des photos et des contenus sonores du projet Europenan Sound Delta ici :

http://www.myspace.com/sounddelta

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mercredi 16 juillet 2008

Le Chef !

Quelques photos de Christophe, le Chef Cuistot, quatrième membre d'équipage ;-)

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mardi 15 juillet 2008

Faire construire sa maison en Bulgarie ?

Première journée avec les ouvriers Roumains et Bulgares à bord. Nous les avons trouvé grâce aux partenaires locaux de MU. Eve nous a donné un sérieux coup de main qui nous a fait économiser beaucoup de temps dans de fastidieuses recherches… Tsveta nous a mis en relation avec une équipe bien rodée avec laquelle son association culturelle travaille depuis près de 20 ans… Beau travail d’équipe.

Ils ont super bien bossé et vont terminer les travaux qui rendront le bateau confortable pour les 3 prochains mois de voyage vers Strasbourg puis Namur.

Ça se passe vraiment à merveille. Diego dirige le chantier en passant chez chacun pour donner les instructions, vérifier le travail, encourager et donner de nouvelles instructions. Il est accompagné d’un traducteur français-bulgare. C’est une belle fourmilière. Ça fait plaisir à voir…

L’électricien a raccordé tous les moteurs au Victron et aux batteries, le chargeur de batteries portable, il a installé les prises, la lumière et une nouvelle pompe de cale dans le pic avant.

Il a terminé le câblage du générateur 220 volts. Il a presque fini d’installer le circuit 24 volts, installé presque tous les luminaires, terminé l’électricité complète dans la future salle de bain (transformée actuellement en cabine), tiré un nouveau câblage dans la chambre près du logement du marinier, raccordé le lave-vaisselle. Tout ça en une journée…

Après ses achats de matériel, le plombier a terminé de raccorder les cuves « orphelines » et préparé la connexion pour installer une pompe à eau de sécurité. Il a commencé à brancher les lavabos dans les cabines.

Les menuisiers ont également acheté le matériel manquant avant de s’attaquer à l’isolation de la cabine amovible. Ils ont commencé la finition de l’escalier de l’entrée. Ils vont également construire un petit meuble-évier dans le couloir et terminer les parties non-isolées du bateau.

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Gîte du bateau

Lors de la navigation pour arriver à Rousse, le bateau gîtait de plus en plus : jusqu'à plus de 3 degrés tribord. Ca paraît peu, mais c’est déjà très visible à l’œil nu et ça demande de rééquilibrer son centre de gravité quand on marche à bord.

Yugo, avec son expérience, nous a demandé d’aller voir si le fond de la cale du pic avant prenait l’eau. Après avoir vidé la cale remplie à raz-bord de matériaux de construction, nous avons effectivement découvert près de 40 cm d’eau en fond de cale. Pas de stress chez Yugo. Nous avons pompé en navigation. En téléphonant à Albert, l’ancien propriétaire, celui-ci nous a expliqué d’où venait l’entrée d’eau. Il s’agit de deux boulons à resserrer sous le niveau de l’eau à l’intérieur du pic avant. Il connaît bien la bête ;-)

Manifestement, même après avoir bougé les objets lourds de bâbord vers tribord il y a quelques jours, le gîte continue à s’accentuer.

Nous avons enfin découvert d’où venait le problème. Les 10.000 litres d’eau des cuves ne se vident pas uniformément, mais uniquement d’un côté. Au fur et à mesure de la consommation journalière, le bateau s’allège d’un côté et s’enfonce de l’autre.

Priorité pour le plombier à raccorder toutes les cuves entre elles. Ca devrait nous permettre de gérer le gîte uniquement en ouvrant ou en fermant certaines des 10 cuves de 1 tonne par rangées.

Chaque jour, nous solutionnons un problème. On y arrivera :-)

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Nouvelles photos

Nous avons une connexion WIFI à bord cette semaine. J'en profite pour mettre en ligne quelques photos de la navigation avec le Collectif MU :

European Sound Delta


C'est ici : http://picasaweb.google.com/xaviervd/EuropeanSoundDelta

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lundi 14 juillet 2008

European Sound Delta

Voici la carte du trajet des deux bateau sur le Rhin et sur le Danube avec les dates de passages dans les différentes villes :


view on esd

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Rousse en Bulgarie

Nous sommes arrivés à Rousse, en Bulgarie. Nous y restons jusque dimanche prochain. Après l’accident d’Oltenita, ça fait du bien de changer d’endroit et mettre pied à terre pour quelques jours. L’équipe de MU est en pleine effervescence. Le camion de matériel est arrivé avec du matériel de montage, un studio son, une antenne satellite, du matériel informatique et audiovisuel. Ils ont également établi le contact avec leurs partenaires Roumains et Bulgares sur place. Tout du monde bien sympathique :-)

De notre côté, hier, après une panne de la pompe à eau du bateau qui empêchait de prendre une douche, aller aux toilettes ou faire la vaisselle, Diego a réussi, avec l’aide de l’équipage serbe du bateau voisin, à en réinstaller une nouvelle.

Nous avons eu un peu de temps, hier, pour découvrir la ville. Ça a l’air vraiment très sympa. J’espère que nous aurons l’occasion durant la semaine de la découvrir plus en profondeur et de participer aux évènements organisés par MU et leurs partenaires.

Ce matin, nous aurons à bord 4 ouvriers Bulgare pour mettre le bateau en ordre de marche : un électricien, un plombier et deux menuisiers. Les choses vont sérieusement avancer.

Pour ceux qui voudraient me joindre, j’ai pris un nouveau numéro Bulgare pour mon téléphone potable : +35 987 620 34 85

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dimanche 13 juillet 2008

Tragique accident à Oltenita

Hier, pour une raison incompréhensible, un homme d’une cinquantaine d’années à voulu sauter dans l’eau depuis le toit du ponton où était amarré notre bateau, en sautant par dessus la largeur du bateau. Il a manifestement mal évalué la distance et s’est fracassé la tête sur la rambarde du pont central avant que son corps ne tombe et disparaisse en quelques secondes sous l’eau, dans le courant relativement fort à cet endroit. Les secours étaient sur place dans les secondes qui ont suivi l’accident. Son corps n’a pas encore été retrouvé. À ce stade de l’enquête la police retient la thèse de l’accident.

Il s’appelait Valentin Novic, était le capitaine d’un petit bateau à passagers dans le port de Oltenita. Il était marié et père de trois enfants.

Nous l’avions rencontré dans l’après-midi. Il était monté à bord et avait sympathisé avec quelques membres de l’équipe. Il avait amené de l’excellent poisson à manger. Cette nuit, nous avons organisé une petite cérémonie avant de repartir, tôt ce matin, pour Giurgui. Nous devions naviguer deux petites journées et dormir à l’ancre. Nous avons décidé de partir tôt ce matin et de faire la route en une grosse journée pour arriver ce soir à terre.

Les travaux continuent !

Hier, l’électricien a réparé le groupe électrogène principal. il a câblé le boiler, fait presque tous les branchements en 220 volts, il a fait les branchements au tableau, il a branché les boîtes de dérivation, il a repéré tous les branchements et tirés les câbles manquants. Ensuite il s’est occupé des luminaires et prises de 220 volts de la grande salle.

Il lui reste à terminer les circuits 220 volts et à s’attaquer aux circuits 24 volts.

Le problème de la douche froide est en train de se résoudre…

Nous avons également eu plusieurs fois Albert, l’ancien propriétaire du bateau, qui nous a expliqué plusieurs choses dans la salle des machines que nous n’arrivions pas à comprendre du premier coup. Vraiment sympa et très efficace ! C’est impressionnant comme il connaît, même à distance chaque vanne, chaque interrupteur, chaque pièce de sa salle…

Maintenant que le générateur fonctionne et que le boiller est alimenté en électricité, nous avons trouvé un plombier roumain qui est occupé, avec un collègue à brancher l’alimentation en eau. Il va également en profiter pour brancher l’arrivée d’eau et l’évacuation de la machine à laver ainsi que le branchement du gaz pour le frigo privé de l’équipage.

C’est un point important car notre pilote, assez corpulent, aime bien être « autonome » en boissons et nourriture. Il vient d’ailleurs d’aller en ville se ravitailler. Il nous a convoqué, Diego et moi, dans sa cabine (première fois que j’y rentrais depuis son arrivée) pour nous montrer les sacs de pain et de saucissons en tout genre. Dès qu’on a faim, on peut aller dans sa cabine et manger, sur sa petite table, du pain et du saucisson « pour l’équipage ». C’est très mignon et très touchant… Dommage que je n’arrive pas à avaler plus d’une bouchée du saucisson local… Trop spécial pour moi… En plus, on est déjà tellement gâté par Christophe, que je ne pense pas avoir de soucis de ce côté-là :-)

(Post rédigé le 12 juillet)

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MU at work ! Ca bosse ferme !

Je me trouve dans la grande salle du bateau, une bonne partie de l’équipe de MU est au travail, chacun devant son ordinateur, à dérusher des prises de son, à faire du montage vidéo. L’ambiance est studieuse sur le Danube.

Je suis impatient de découvrir leurs productions, avec des images et des sons du Danube… Dès qu’elles sont en ligne, j’envoie les URL :-)

C’est une équipe vraiment très très sympa, qui a l’air très créative et assez organisée… Je suis également impatient de découvrir leurs premiers événements en live à Giurgiu et Russe !

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24 heures chrono sur une péniche

Nous vivons, Diego et moi, des journées bien chargées. Depuis ce matin 7 heures, j’ai été à la police des douanes Roumaines, au ponton pour régler le stationnement du bateau et remplir le rapport de navigation à la capitainerie du port.

Ce matin, les batteries étaient de nouveau morte car la pompe pour évacuer l’eau de l’évier de la cuisine fonctionne quasiment en continu à cause du refoulement de l’eau dû au gîte excessif du bateau (environ 2° à tribord).

Après avoir fait démarrer le générateur 24 volts, Diego a passé plus d’une heure dans la salle des machines pour faire démarrer le générateur 220 volts. C’est maintenant chose faite ! Nous avons commencé à déplacer les éléments de poids sur le pont central pour rééquilibrer le gîte du bateau. Nous allons voir comment transvaser l’eau et éventuellement le fioul des citernes tribord vers celles de bâbord. Nous avons déjà regagné un tiers de degré vers babord.

Nous avons eu une réunion avec le pilote pour une mise au point sur notre travail ensemble. Il nous voit, Diego et moi, sans aucune expérience ni de navigation, ni de mécanique, éléctricité ou plomberie, tenter de gérer le confort de 10 passagers à bord d’un bateau dont les commodités de bases ne sont pas encore existante, dans des pays dont nous parlons pas un mot, en gérant des ouvriers étrangers qui travaillent au milieu des passagers… Il a donc décidé de nous transmettre ses connaissances et de nous rendre le plus autonome possible en faisant de nous, une fois arrivés à Vukovar, des vrais marins d’eau douce. C’est vraiment une excellente école, car avec ses 40 ans d’expérience de navigation il nous apprend vraiment le métier. Malgré ses côtés souvent un peu rude, il nous explique, toujours dans notre Allemand commun de 20 à 30 mots, comment doit fonctionner un bateau et comment doit s’organiser la vie à bord. Il est très pédaguoge et s’assuren à chaque fois que nous avons bien compris et intégré avant de passer à la suite. C’est complètement nouveau pour nous et vraiment très intéressant.

Je découvre le métier de Capitaine. N’ayant jamais eu que quelques bribes d’informations sur le sujet, c’est beaucoup plus de responsabilité que ce à quoi je m’attendais… Et c’est à la fois un peu angoissant, mais très excitant et passionnant !

Yugo, qui est un pilote Serbe de 60 ans, est très à cheval sur les principes, l’autorité, la hiérarchie, la discipline, le travail… Il s’est donc mis en tête de faire de moi un vrai Capitaine. Et c’est vrai que la vie à bord avec 10 passagers et 3 membres d’équipage, dont des belges, français, anglais, serbe, canadien, roumain, américain, sur un Fleuve en eaux internationales entre deux pays dont un est dans l’espace Shegen et l’autre non, ce n’est pas une mince affaire…

Yugo m’explique, par exemple, que les passagers sur le bateau sont en territoire belge. Ce sont les lois belges qui sont d’application à bord. C’est pour cette raison que à chaque débarquement ou à chaque largage d’amarres nous avons un contrôle de police à bord. Comme en avion, on passe une frontière au décollage et à l’atterrissage. Simple contrôle si nous embarquons et débarquons entre deux ports d’un même pays et plus approfondi (les fameuses « Revizionne ») si nous débarquons dans un pays (la Bulgarie, par exemple) en provenance d’un port de le rive en face (la Roumanie)…

Changer de rive peut donc prendre plusieurs heures avant que les passagers ne puissent débarquer à terre… Yugo m’explique également que c’est le Capitaine qui garde les passeports des passagers entre l’embarquement et le débarquement. J’ai une farde avec tous les papiers du bateau, les passeports des passagers, la liste complète des passagers et des membres d’équipages, un document qui reprend la liste de tout le matériel à bord. Ces listes sont mises à jours à chaque contrôle et tamponnées par la police pour présentation au débarquement suivant.

Hier soir à l’arrivée, j’ai dû débarquer seul pour accompagner l’agent de police jusqu’au bureau des douanes, remplir le rapport de navigation, présenter les papiers des passagers et du bateau. Une fois le contrôle terminé, je rends leurs passeports aux passagers qui ont alors l’autorisation de débarquer. Je me rend ensuite à la capitainerie pour remplir le rapport de navigation.

Au niveau légal, le rôle du capitaine est important aussi. En cas d’accident avec un passager ou en navigation, le capitaine est responsable. Je dois garder les passeports des passagers après le contrôle de départ, jusqu’au contrôle d’arrivée dans la ville suivante. Après le contrôle de police. Je rends les passeports aux passagers, qui peuvent, à ce moment-là, débarquer librement à terre. Je suis également responsable du fait que notre pilote Serbe ne quitte pas la ville d’amarrage car il dispose d’un seulement d’un visa fluvial valable pour les villes du Danube.

Yugo me donne toutes une série de petits (et de grands) conseils en coulisses, tout en me mettant en avant à chaque fois… C’est très touchant. Il me dit ce que je dois faire et puis « allez, en avant, c’est au capitaine d’y aller ». Il ne se présente « que » comme le pilote qui obéit aux ordres du capitaine. Il répète : « Le capitaine dit go, je fais go. Le capitaine dit stop, je fais stop ». J’ai l’impression d’avoir un grand-père qui donne des conseils de vie à son petit-fils qui débute dans le métier… Et même si je n’en comprends pas toujours tout de suite le sens, je me rends compte, même après coup, qu’il y a toujours une bonne raison à ses recommandations.

Je me rends compte que, autant pour la sécurité, que pour l’organisation de la vie à bord, c’est vraiment important de prendre cette charge et les devoirs qui y sont associés…

(Ce post a été écrit le 12 juillet, avant l’accident. Je le publie tel quel)

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jeudi 10 juillet 2008

Collectif MU

Les premiers passagers du collectif MU nous ont rejoint hier soir à Silistra, en Bulgarie. Très sympa de retrouver ici ceux que nous avions déjà rencontré il y a quelques mois en Belgique.

Le bateau est « presque » prêt… Nous ferons du camping quelques jours encore…

Diego, Yugo le pilote et moi, avons rangé le bateau, nettoyé vite vite pour accueillir le mieux possible les premiers arrivants… Mission presque accomplie… J’aurais bien aimé pouvoir présenter le bateau avec plus de commodités, de l’eau chaude, une machine à laver, un lave-vaiselle, un four en état de marche, des cabines complètement fermées et isolées, la terrasse peinte entièrement, l’entrée peinte également…

Nous allons passer notre journée avec eux pour préparer la venue des premiers invités. C’est vraiment pas évident car même si le travail réalisé sur le bateau a été énorme en quantité et excellent en qualité, il reste tant de chose à faire pour que les conditions de vie à bord aient juste le niveau nécessaire… Il manque juste les derniers pourcents qui font que l’on aurait fait Woaw en montant à bord…

Heureusement, l’équipe de MU est vraiment très sympa, très compréhensive et hyper-constructive. Ils ont mis la main à la pâte pour monter eux-mêmes des meubles. Nous avons fait ce midi la liste des tâches à réaliser en urgence et celles qui sont à réaliser juste après, sans doute à Russe ou à Giurgiu.

Nous cherchons des ouvriers roumains ou bulgare pour terminer la plomberie, l’électricité, un peu de menuiserie, réparer le générateur de courant… La traductrice roumaine du projet semble avoir trouvé une première personne...

Le pilote ne comprend pas exactement tout ce qui se passe, mais il sens que nous devons faire tellement de choses en même temps et que c’est quasiment mission impossible qu’il nous donne un sérieux coup de main. Même si il râle sur tout ce qui ne fonctionne pas encore à bord. Et la liste est longue…

En même temps, la magie du bateau sur le Fleuve et la présence enthousiaste et généreuse de Diego à mes côtés font que toutes ces épreuves n’entame pas mon émerveillement sur ce fabuleux projet ! Je post ce blog et je rejoins les autres sur le pont central pour manger devant le coucher de soleil sur le Danube le repas préparé par le Christophe, le cuisinier de l'équipe...

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lundi 7 juillet 2008

Je suis amoureux

Elle est tellement belle. Dans sa longue robe noire, elle m’offre son corps aux formes généreuses et aux courbes parfaites…

Elle me transporte. J’adore la toucher, la sentir frémir et vibrer entre mes mains quand je la guide…

Je la regarde, petite demoiselle au milieu des gros gabarits. C’est une vraie aventurière. Je l'admire et je suis tellement fière d’elle. C'est une courageuse. Elle ne se plaint jamais, même quand, loin de chez elle, les conditions deviennent difficiles. Pour ouvrir la voie, elle ne ménage pas sa peine, parfois depuis l’aube jusqu’aux dernières heures du jour…

Elle me gâte, me soigne, me chouchoute. Au premier abord, certain pourrait la trouver froide. Mais moi qui la connais, je la trouve douce, chaleureuse et enveloppante. Je me sens si bien en son sein.

Ce soir, la lune se reflète dans le Danube. Nous nous sommes accouplés à une barge au milieu du courant. Je me suis couché sur elle. Sous la voute étoilée, j’ai connu l’extase, l’ouverture du coeur. La lune en croissant fut notre témoin.

Notre amour est encore jeune, Mais je l’aime déjà tant. Je veux vivre auprès d’elle. C’est un Ange. C’est mon Ange. C’est l’Ange-Gabriel.

Administrations balkaniques

Depuis plusieurs jours nous découvrons les joies de l'administration balkanique.

Ce sont des tonnes de papiers à remplir dans des bureaux de l'ex période soviétique, avec de longues explications entre personnes de plus ou moins bonne composition, dans des bribes de langages communs... On découvre un nouvel univers... Ça nous change de notre petite Belgique, bien tranquille, avec des fonctionnaires le plus souvent sympas, compétents, rapides et généralement orientés solutions.

Dernier épisode en date entre l'agent fluvial à Russe en Bulgarie et la compagnie de livraison de gazoil. La situation semblait bloquée pour la livraison de gazoil à des particuliers. La compagnie ne pouvant livrer qu'à des professionnels. Après plusieurs aller-retours en bateau entre la bateau-citerne et le ponton de l'agent depuis 6 heures du matin jusque maintenant 14h00, nous avons été sauvé par un "truc" vraiment étonnant. Pour prouver que nous sommes des professionnels, il fallait un cachet officiel. Je me suis rappelé que j'avais, dans un de mes sacs, un cachet avec le nom du bateau, que j'avais reçu gratuitement en publicité sur internet. Muni de ce précieux cachet, nous sommes retourné chez l'agent et apparemment tout à l'air de se débloquer. Nous avons LE cachet ! A quoi peuvent tenir les choses parfois... Un simple cachet que j'avais commandé pour marquer mes livres avant de les prêter ;-)

Nos 48 heures de galères administrativo-fluviales ont l'air de se terminer sur cette pirouette rigolote...

Le chantier, après un moment de "mou" à repris un bon rythme. C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Olivier. L'ambiance à bord est redevenue excellente ! Le bateau viens de redémarrer, on retourne bosser ! Youpie, ca fait du bien !

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dimanche 6 juillet 2008

Retards...

Mauvaise journée pour notre planning de navigation...

Hier, looooongues tracasseries avec les autorités portuaires en Bulgarie. Ambiance tendue entre les capitaines du port, un "agent", une autre personne non-identifiée, notre pilote et Michel, pour palabrer et éviter des taxes très "locales" et surtout une "revizione" (visite complète et fouillée du bateau). Pas de magasin au port de Giurgiu, pas de quai pour débarquer les motos ou la voiture. Pas de gazoil pour le bateau.

Ce matin, expédition courses en taxi (le moyen le plus simple, le plus rapide et en fait assez économique) et surtout tentative pour trouver du fioul le dimanche. D'après le port, ce ne serait pas possible aujourd'hui... Nous hésitons à reprendre la route pour un hypothétique ravitaillement dans 200 km et le risque, d'après le pilote, de ne plus trouver de ravitaillement jusque Tulcea. Ce qui nous ferait tomber en panne sèche sur le Fleuve...

Nous venons donc de perdre quasiment 24 heures dans un planning déjà à flux tendu. Il nous reste une petite trentaine d'heures de navigation pour arriver à destination... Pendant ce temps, les travaux se terminent avec une équipe qui arrive à bout de force après 6 semaines de dur labeur et de vie en communauté dans des conditions de chantier difficiles. Le manque de sommeil se fait sentir chez chacun... L'ambiance reste positive, mais les corps sont épuisés et les têtes de l'équipage déjà tendues vers le retour...

Diego et moi, qui n'avons pas vécu l'ensemble de l'aventure du trajet aller, commençons à nous préparer à accueillir et à accompagner pour un mois le trajet retour avec les invités du Collectif MU entre la Roumanie et la Serbie. Michel reprendra le relais le 7 aout, après la Serbie jusqu'à Strasbourg le 25 septembre.

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samedi 5 juillet 2008

Album photos du voyage sur le Danube

Voici un lien vers l'album photo du voyage sur le Danube :

Danube 2008

Je vais y déposer, en fonction de la connection internet, des photos complémentaires à celles du blog. Les photos sont classées par ordre chronologique, les nouvelles en bas...

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De retour à bord !

Après une semaine passée en Belgique, me voici de retour sur le bateau.

Que de changements !

La cuisine est finie, la salle polyvalente est libérée de tout le stock de matériel, le plancher posé, le plafond isolé et les panneaux placés, les sanitaires, plomberie et électricité ont également bien avancé.

Il reste néanmoins pas mal de boulot et les dernières heures du chantier vont être très chargés. L’équipe s’est levé ce matin à 4 heures pour commencer à travailler à 5, en même temps que la navigation. Il reste beaucoup de travail à abattre. Tout ne sera pas terminé, mais l’objectif est que le bateau soit habitable dans les meilleures conditions possibles pour nos 10 invités qui embarquent dans maintenant un peu plus de 48 heures…

Un nouveau pilote est à bord. C’est un Serbe, nommé Yougoslave, et surnommé l’Ours des Carpates par l’équipage, rapport à sa douceur et à ses grognements, j’imagine ;-)

Ce n’est pas vraiment un tendre, mais il paraît que derrière sa rudesse et ses ordres aboyés, il est efficace et il a de l’humour. Je vous en dirais plus quand j’aurais osé l’approcher pour entamer une conversation avec mon Français, mon début d’Anglais, son Serbe, ses 5 mots d’Allemand et ses 3 mots d’Anglais.

Le Danube de plus en plus large... Le courant toujours bien présent aussi...

J’ai traversé une partie de la Roumanie en voiture entre Bucarest et le Danube. C’est vraiment un autre monde. Les charrettes sur les routes, les enfants qui jouent, parfois nus, les Roms, les chiens qui restent là, au milieu de la route et qu’il faut contourner… Les gens vivent dans un assez grand dénuement, les maisons en tôles… Sans verser dans l’image d’Epinal, la différence entre la capitale Bucarest et la campagne est vraiment frappante. Bucarest est assez propre, très animée et les filles en courte jupe colorées égayent la ville de leurs fines jambes bronzées, de leurs belles chevelures noires et de leurs éclatants sourires ! Mais je n’ai fait que traversé la ville en vitesse :-)

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Les voitures sur le bateau

Galère, galère, galère…

Nous avions amené deux voitures avec nous dans le but d’être plus autonome et de pouvoir nous déplacer « autour » du bateau de manière pratique et rapide. Pour, par exemple, faire des courses, visiter une ville, conduire ou chercher quelqu’un à l’aéroport ou à la gare… Cela nous sécurisait de savoir que nous ne serions pas « bloqué » sur le bateau.

Dans la pratique, les voitures ont été des boulets que nous avons trainés derrière nous des centaines et des milliers de kilomètres…

Nous avons eu un problème de grue qui nous empêchait de monter ou de descendre les voitures du « garage » à l’avant du bateau.

Nous avons donc fait des navettes pour, sans cesse, aller chercher les voitures que nous avions laissées derrière nous, dans une ville, un village ou une écluse… Les endroits où l’on peut débarquer la voiture se font de plus en plus rare au fur et à mesure de l’avancement du voyage. Les quais sont de plus en plus hauts et surtout, de plus en plus rares.

Nous avons perdu des dizaines d’heures, parfois à plusieurs, sur les routes pour acheminer les voitures jusqu’à nous. Pour les courses, nous avons à chaque fois pu nous débrouiller autrement. Au lieu de contribuer à notre liberté et à notre autonomie, les voitures se sont, en fait, révélé êtres des charges et des grosses contraintes, mangeuses de temps, d’énergie, de disponibilité d’esprit et d’argent…

Pour finir en beauté, de retour pour une semaine en Belgique, la boite de vitesse de ma voiture à rendu l’âme. Heureusement après mon arrivée en Belgique. La dépanneuse (sur la photo) l’a déposé devant un cimetière, à côté de chez mon garagiste… Funeste signe ?

Je suis donc revenu en Roumanie en avion, libéré de ma voiture. Le bateau se suffit amplement à lui-même et il n’a pas besoin d’autres moyens de locomotion pour nous offrir un sentiment d’autonomie, de sécurité et de liberté :-)

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